Sur la route des étoiles

English version available here.

Ce n’est pas tant la destination mais le voyage …

L’important, ce n’est pas la destination, c’est le voyage.
Robert Louis Stevenson (ou bien, proverbe Gitan, ça dépend des sources)

N’empêche, c’est vachement mieux d’avoir une destination qui déchire.
Jean-François Goût

Pour ce deuxième article, après avoir grimpé les pentes du mont Fuji, je vous emmène avec moi sur la route à travers les états-unis, de Bloomington (Indiana) jusqu’à Mayhill (Nouveau Mexique). Alors asseyez vous, attachez votre ceinture et suivez moi dans ce road trip de 4300 Km qui aura duré 8 jours, vu 3 différents fuseaux horaires, 2 télescopes et demi ainsi que quelque dizaines de centimètres de neige…

Pourquoi un road trip au Nouveau Mexique ?

Entre les vacances au Japon et le passage en France pour voir mon neveu fraîchement né, j’avais déjà bien entamé mon capital de vacances à la sortie de l’été (et donc je me trouvais fort dépourvu). Du coup, pas question de quitter le labo plus d’une semaine pour Noël. Puisqu’un voyage hors des états-unis m’aurait obligé à renouveler mon visa (ce qui est généralement rapide mais peut prendre plus d’une semaine si la poste traîne à envoyer le nouveau visa) j’ai décidé tout simplement de rester aux états-unis pour ce qu’on appelle ici le ‘Christmas break’. Seul petit problème: Bloomington (qui est une ville très agréable à vivre et où j’ai de très bons amis) devient une véritable ville fantôme pendant les vacances. Tous les étudiants (~50% de la population locale), chercheurs et autres habitants rentrent voir leur famille. Du coup, mis à part les écureuils, on ne croise pas grand monde dans les rues aux alentours du 25 décembre et on a vite fait de s’ennuyer. Alors cette année, pour changer de mes deux précédents Noëls passés à Bloomington, j’ai décidé de partir à l’aventure quelque part aux états-unis. Mais où ? Étant passionné d’astronomie, j’ai cherché un endroit où le ciel est clair, loin des villes et de leurs halos de pollution lumineuse. Depuis ma première lunette astronomique offerte par mon grand-père quand j’étais gamin, j’ai continué à acheter des télescopes, toujours plus gros et à chercher des ciels toujours plus noirs. Alors quand j’ai découvert le site internet de cet endroit au Nouveau Mexique qui propose la location de gros télescopes sous un des meilleurs ciels au monde, j’ai tout de suite compris que c’était la destination idéale pour mon voyage de Noël. Dès la mi-juillet ma réservation était faite et le programme était prêt: j’irai en voiture jusqu’au Nouveau Mexique, louerai un de leurs gros télescopes pour une nuit et utiliserai le mien pour une deuxième nuit, j’irai visiter les merveilles du Nouveau-Mexique, m’arrêterai en chemin pour passer Noël chez des amis à Oklahoma City, emmènerai mon télescope dans le désert pour une nuit d’observation supplémentaire, irai voir les traces de dinosaures fossilisées à Clayton (Nouveau-Mexique) et rentrerai à Bloomington juste à temps pour fêter le passage à la nouvelle année avec mes amis. Bref, un bon programme, bien chargé. Et devinez quoi ? j’ai eu le temps de faire presque tout ça …

Sur la route, de Bloomington à Mayhill

Vendredi 23 Décembre 2011, il est 15h et j’attends impatiemment l’employé de enterprise rent a car qui doit venir me chercher pour m’emmener à l’agence de location de voiture (ici les agences de location de voitures sont loin du centre ville mais c’est pas grave, ils viennent vous chercher et vous déposent chez vous …). Tout est prêt, j’ai vérifié trois fois la liste du matériel: appareil photo, objectifs, accessoires pour le télescope, CDs de musique pour s’occuper sur la route (merci à Seb et Cécile de m’avoir prêté tous ces CDs, c’était bien utile) … Bref, y a plus qu’à récupérer la voiture et à tout charger dans le coffre.


A l’agence de location ça commence mal: ma voiture n’est pas encore là et ils n’ont plus de GPS. Heureusement, la voiture arrive rapidement et l’autre agence de la ville a un GPS en stock que je peux louer. Je récupère la voiture, la charge en vitesse (aucun problème pour se garer devant chez moi, l’avantage des vacances: tout le monde est déjà parti), passe récupérer le GPS et vers 16h je suis sur la route, direction Oklahoma City! Pour ce premier jour de voyage je peux apprécier un joli coucher de soleil pendant que je traverse le sud de l’Illinois, les lumières des grattes-ciels de Saint-Louis (Missouri) de nuit et les illuminations de Noël complètement démentes de Santa’s Magical Kingdom à Eurka (Missouri).

Rien de spécial à signaler jusqu’à ce que j’arrive dans l’Oklahoma. Là, à plus de 800 Km de Bloomington et après environ 7 heures de route je réalise soudainement que j’ai oublié la monture de mon gros télescope ! Autrement dit, j’ai dans le coffre un tube optique absolument inutilisable (sauf peut-être à servir d’objet de décoration ou de porte manteau).

Bon, pas de panique, j’ai un peu de temps avant d’arriver au Nouveau Mexique pour trouver une solution.

Quelques heures plus tard je m’arrête pour passer la nuit dans un motel bien minable (chambre froide et pas vraiment propre, pas d’eau chaude, …) de bord d’autoroute à Stroud (Oklahoma). Oui oui, Stroud, comme dans s’trou paumé … ça ne s’invente pas. Alors bien sûr c’est pas le Carlton, mais au moins j’ai accès à internet et je ne suis plus qu’à une heure de Oklahoma City (trop fatigué pour continuer la route).

Ca se complique …

Samedi 24 décembre. Réveil matinal mais pas trop avant de reprendre la route et boucler la dernière heure qui me sépare de Oklahoma City. La lumière du matin est superbe et met en valeur les plaines de l’Oklahoma recouvertes de givre. Après avoir passé plus de 7 heures à conduire de nuit la veille, j’apprécie le spectacle à sa juste valeur ! Il est environ 10 heures du matin quand je frappe à la porte de chez mes amis, juste à temps pour le ptit dej à l’américaine. Pas de bol, je n’ai même pas le temps d’enlever mon manteau que mon téléphone vibre: c’est New Mexico Skies qui appelle pour m’informer qu’ils ont eu beaucoup de neige ces derniers jours et que, en conséquence, ils ne pourront probablement pas sortir le télescope lundi et que de toute façon la route qui monte à l’observatoire est couverte de neige et impraticable à moins d’avoir un bon gros 4×4. Suivant l’évolution de la météo ils pourront peut-être dégager tout ça pour le milieu de la semaine mais ils émettent des gros doutes sur la météo des jours à venir. Bref, à ce moment là je commence à craindre que le voyage tourne au bide complet. Il devient urgent que je trouve une solution pour utiliser mon télescope au cas où je ne puisse pas louer celui de New Mexico Skies. En dernier recours, je pourrais toujours aller faire une nuit d’observation dans le désert mais pour ça il faudrait que je trouve une monture pour remplacer celle que j’ai oubliée. Avec l’aide de mon ami Zach je contacte une boutique d’astronomie à Norman (Oklahoma), envoie un message sur cloudynights (le principal forum anglophone de la communauté astro amateur) mais rien n’y fait. Bon, on va croiser les doigts pour que la situation s’améliore rapidement et qu’il me suffise de décaler mon séjour à l’observatoire d’une journée.

Noël dans l’Oklahoma

Vivre à l’étranger est une expérience extraordinaire. On apprend plein de choses, on découvre une nouvelle culture. Mais il y a aussi des inconvénients, au premier rang desquels: l’éloignement. Inévitablement, il y a des moments où l’on a vraiment le mal du pays, et le pire moment de l’année pour ça c’est à l’approche de Noël. Quand tout le monde rentre voir sa famille pendant que toi, tu restes de l’autre côté de l’Atlantique il vaut mieux avoir de bons amis qui deviendront une sorte de famille adoptive le temps de Noël. Et comme je suis un gros veinard, j’ai des amis formidables qui me feraient presque oublier que je suis loin de ma famille pour Noël et qu’en plus de ça mes rêves d’observation astronomique au Nouveau Mexique risquent de tomber à l’eau (ou plutôt ‘de tomber à la neige’ …). Passer Noël avec Zach et Leigh et leurs familles était tout simplement génial. Entre la ‘deep fried turkey’ (une dinde plongée dans l’huile d’arachide bouillante … et aussi surprenant que ça puisse paraître et ben c’est même pas gras), les plats qui accompagnent, le foie gras (oui, j’ai contribué) et le vin je me suis bien régalé. Ajoutons à cela la bonne humeur de mes hôtes et on peut dire que j’ai passé un super Noël. En plus le ciel était clair, on en a profité pour observer les protubérances sur le soleil avec mon nouveau télescope dédié à l’observation solaire (non, je n’avais pas oublié la monture pour celui-ci, et re-non: cette monture n’aurait pas pu être utilisée pour le gros télescope, elle est bien trop petite/fragile).

(Promis, dès que Zach m’envoie les photos qu’on a prises avec son iphone -notamment les photos de la dinde- je l’es ajoute ici).

De Oklahoma City à Mayhill

Lundi 26 décembre. Après deux jours inoubliables passés à Oklahoma City il est temps pour moi de reprendre la route si je veux rester dans les temps. Au programme aujourd’hui: seulement 8 heures de route pour aller jusqu’à Roswell. Non pas que je cherche à enquêter sur les histoires d’extra-terrestres et de soucoupes volantes (cf http://fr.wikipedia.org/wiki/Incident_de_Roswell) mais c’est la dernière ville avant d’arriver à l’observatoire (qui est situé à plus d’une heure de la première localité importante). Sur la route je m’arrête à deux reprises pour prendre des photos de la conjonction Lune-Vénus dans les dernières lueurs du crépuscule. Lors de mon premier arrêt, j’ai la visite d’un couple de Texans qui viennent vérifier que je n’ai pas besoin d’aide (ils pensaient que j’étais en panne, moi je pensais qu’ils allaient me demander de dégager de leur propriété) pendant que j’étais arrêté au bord de la route pour prendre les photos.

A l’entrée dans le Nouveau Mexique, je fais un deuxième arrêt pour prendre une série de photos juste avant que la Lune et Vénus ne basculent sous l’horizon. j’en profite pour appeler New Mexico Skies qui m’annonce la bonne nouvelle: la neige est dégagée, je vais pouvoir monter à l’observatoire en voiture sans problème et je pourrai utiliser le télescope. Du coup j’ai l’esprit plus tranquille pour finir la route, qui est maintenant recouverte d’une fine couche de neige bien verglacée (c’est pas le moment de faire l’andouille au volant, mais comme je suis tout seul sur la route je peux rouler en plein milieu sans que ça ne dérange personne).

Vers 21 heures j’arrive à Roswell et cette fois-ci je choisi le Super8 motel, un véritable palace comparé au Sonner motel de Stroud ! En roulant sur l’avenue principale à la recherche d’un restaurant il ne me faut pas longtemps pour comprendre que l’affaire de la soucoupe volante est au coeur du business ici. On trouve des références aux extra-terrestres absolument partout, et même un musée des OVNIS… Pour tout vous dire, ce que j’avais pris pour un bateau recouvert d’un bâche sur le parking de mon motel s’est avéré être une maquette de soucoupe volante (c’est dingue comme on voit les choses plus clairement de jour et après une nuit de sommeil).

Mardi 27 décembre. Mayhill est à seulement deux heures de route de Roswell et mon seul objectif important de la journée est d’arriver à l’observatoire avant la tombée de la nuit. Ca me laisse un peu de temps pour faire un détour et aller visiter les dunes de sable blanc (http://fr.wikipedia.org/wiki/White_Sands). Depuis la route, à plus de 40 Kilomètres de distance, on voit cette étrange étendue blanche au pied des montagnes sans trop comprendre de quoi il s’agit. Et puis on s’approche, et on se retrouve au milieu d’un champ de dunes qui, pour l’occasion, étaient en partie recouvertes de neige. Je dois avouer que le sable m’a semblé plus rose que blanc (peut-être à cause de l’humidité ? Il est peut-être plus blanc immaculé quand il est sec ?) mais le spectacle reste sympa. Les familles sont de sortie et les enfants profitent de la neige pour faire de la luge sur les pentes orientées Nord et encore recouvertes de neige. Le temps passe vite et je dois me dépêcher de prendre les photos si je ne veux arriver à l’observatoire trop tard.

Je quitte les dunes de sable blanc, direction New Mexico Skies. La route devient montagneuse, rapidement entourée de sapins et je croise même une petite station de ski après le village de Cloudcroft (le dernier village avant l’observatoire). Finalement, vers 15 heures j’arrive sans encombre à l’observatoire de New Mexico Skies.

La tête dans les étoiles !

Je récupère la clé de mon chalet/bungalow : super confortable (là c’est même plus un simple palace comparé au motel, c’est Versailles …). Depuis l’observatoire (à 2 minutes à pied de mon chalet/bungalow) la vue est plutôt sympa : des coupoles de télescopes, des montagnes, des sapins et de la neige à perte de vue … Bref, je sens que cet endroit va me plaire 🙂

J’ai rendez-vous sur la plate-forme d’observation à 19 heures avec Lynn qui doit m’expliquer le fonctionnement du télescope. A cause du froid je n’ai pas pu utiliser le gros télescope comme prévu (il faisait trop froid pour que l’électronique qui pilote le télescope puisse fonctionner correctement) donc j’ai du me rabattre sur un télescope un peu moins gros (25 pouces, soit 625mm, c’est quand même du lourd) et plus rustique (mais à l’optique bien meilleure d’après Lynn …). J’ai déjà une certaine expérience de la manipulation des télescopes, alors les explications sont vite expédiées et je peux me précipiter pour prendre des photos du coucher de Lune avant qu’elle ne soit cachée par les montagnes qui barrent l’horizon Ouest. La vue du fin croissant de Lune couchant éclairant la cime des arbres au loin est tout simplement magique (voir les photos ci-dessous).

Et comme j’ai pris tout plein de photos à intervalle régulier et avec le même cadrage, on peut assembler tout ça dans un film de type ‘time-lapse (http://fr.wikipedia.org/wiki/Time-lapse) pour animer ce coucher de Lune:

Après ça, je pointe mon appareil photo équipé d’un objectif grand angle (fish eye) en direction de la voie lactée et lance une série de prise d’images automatique pendant que je me régale à observer les nébuleuses, galaxies et autres amas d’étoiles dans le gros télescope que j’ai loué (pour ceux qui se posent la question: non ça n’est pas possible d’utiliser le gros télescope pour prendre des photos, il n’est pas équipé d’un système de suivit pour compenser la rotation de la Terre -> pas de photo astronomique possible).

De temps en temps je vais vérifier que tout va bien pour mon appareil photo, posé sur son trépied à quelques mètres du télescope. Au bout de 3 heures et demi, j’arrête la séquence de prises de photos automatique. L’appareil a pris un total de 310 photos, chacune avec un temps de pause de 40 secondes. Et c’est parti pour un time-lapse montrant la rotation du ciel étoilé sur un intervalle de 3 heures et demi (à regarder en plein écran et HD s’il vous plaît … je ne me suis pas gelé toute la nuit dans la neige à prendre ces photos pour que vous regardiez ça en basse qualité sur un écran ébloui par les reflets du soleil !!!) :

On peut voir plusieurs avions qui apparaissent comme des traces oranges dans le ciel et même un étoile filante qui traverse Orion (dans le coin supérieur droit de l’image pour ceusses qui n’ont pas reconnu le grand chasseur dans le ciel) à la quatorzième seconde de vidéo (attention, c’est furtif).

J’ai aussi fait un deuxième time-lapse avec 367 photos mais cette fois-ci l’appareil est orienté vers l’Ouest (le premier time-lapse était orienté vers l’Est comme vous avez pu le deviner sans difficulté puisqu’on voit les étoiles se lever) et dans lequel on peut me voir entrain d’utiliser le gros télescope sur la plate-forme au premier plan. Au bout d’un moment le télescope ne bouge plus, c’est simplement que je suis allé faire une petite sieste pendant que l’appareil photo continuait de travailler tout seul.

A ce moment, mon objectif était d’aller dormir 3 heures puis de revenir observer jusqu’à l’aube. Mais j’étais tellement fatigué quand le réveil a sonné vers 3h30 du matin que j’ai tout juste eu le courage d’aller arrêter l’appareil photo (qui continuait à prendre les photos tout seul comme un grand) et je suis retourné dormir aussi sec.

Dans la journée, pas grand chose à signaler: dodo, observation du soleil avec mon petit télescope solaire, mise en ligne des photos de la nuit précédente, re-dodo, …

Pour la seconde nuit, je décide de louer à nouveau le même télescope (je suis le seul client suffisamment cinglé pour aller observer là haut en plein hiver, alors pas de problème de disponibilité du télescope). Et comme la nuit précédente, je vais mener de front l’observation au télescope, et la prise de photo avec mon simple appareil photo. Sauf que cette fois-ci je vais poser l’appareil photo sur ma monture équatoriale CG4 (la petite monture qui supporte le télescope solaire mais qui est trop petite pour mon gros télescope) de manière à pouvoir compenser la rotation de la Terre et donc prendre des photos à longue pause. Je ne vais pas entrer dans les détails de l’astrophotographie mais pour ceux qui ne connaissent pas, sachez juste que pour prendre en photo les objets du ciel profond (= nébuleuses, galaxies, amas d’étoiles, …) c’est compliqué.

Et voici les résultats. A tout seigneur, tout honneur, commençons par la célèbre nébuleuse de la tête de cheval (addition de 110 photos de 1 minute chacune, Canon 350d modifié et zoom Tamron 70-300 réglé sur 300 et ouvert à 5.4):

A seulement quelque degrés en dessous se trouve la grande nébuleuse d’Orion, aussi connue par son numéro du catalogue Messier: m42 (addition de 72 images de 4, 12, 30 et 60 secondes, Tamron 70-300 réglé à 300mm):

Et maintenant je vais vous montrer un truc rigolo sur les images brutes de la nébuleuse d’Orion. Je ne m’y attendais pas du tout, mais en regardant les images brutes j’ai réalisé que, sur la plupart d’entre elles, on peut voir des satellites géostationnaires traverser le champ de vision. Petite explication… Alors que la monture équatoriale compense la rotation de la Terre pour garder les étoiles fixes sur la photo (n’oubliez pas que la Terre tourne. -> Tout comme le soleil, les étoiles que vous voyez la nuit se lèvent à l’Est, se couchent à l’Ouest et entre les deux décrivent un arc de cercle dans le ciel, comme vous avez pu le voir en accéléré dans les vidéos de time-lapse un peu plus haut), les satellites géostationnaires sont eux toujours à la même position dans le ciel (ils ne se lèvent pas et ne se couchent pas, ils sont toujours au même emplacement), de sortent qu’ils bougent par rapport au fond d’étoiles. En conséquence, ils apparaissent comme de fines traînées sur ces images (et si la monture n’avait pas compensé la rotation de la Terre -comme un simple trépied-, les satellites géostationnaires apparaîtraient comme des points fixes tandis que les images et la nébuleuse dégoulineraient le long de l’image … c’est clair ?). Regardez bien, vous verrez trois traits fins et parallèles passer ‘à travers la nébuleuse’ (ne pas hésiter à cliquer sur les images pour les voir en pleine résolution). Ca y est, vous les voyez ? Et bien ce sont des satellites qui évoluent à ~36000 Km de la Terre, le genre de satellites que les météorologues utilisent pour faire leurs prédictions erronées (c’est vrai quoi, une fois sur deux ils se trompent, alors pourquoi ils ont besoin de leurs satellites à la mords mois le noeud qui viennent polluer mes belles images de nébuleuses ???).

La photo suivante montre la constellation d’Orion en entier (ou presque) avec la boucle de Barnard (l’espèce de nébuleuse rouge faiblarde qui encercle Orion sur la gauche). En regardant bien on peut discerner la région de la tête de cheval ainsi que m42, mais c’est tout petit (photo prise avec un 50mm fixe ouvert à 1.4).

J’ai aussi rendu une brève visite de courtoisie aux sept soeurs (les Pléiades) mais l’image manque clairement de signal:

Et pour terminer je me suis dépêché de fixer sur la pellicule (ou plutôt sur la silice) la voie lactée hivernale avant qu’elle n’aille se coucher derrière les montagnes du Nouveau Mexique:

Bien sur, entre deux réglages sur l’appareil photo je me suis gavé d’images d’objets du ciel profond avec le télescope … un vrai régal pour les yeux !

Et voici une image de mon installation: l’appareil photo sur la monture équatoriale. Vous voyez le carton posé dans la neige derrière la monture ? Il contient le bloc de piles qui alimente cette même monture. Piles que j’avais pris soin d’envelopper dans un t-shirt + bonnet + pull pour les protéger autant que possible du froid.

Cette nuit là je suis allé me coucher vers 4 heures du matin (ça fait quand même presque 8 heures d’observation…), les yeux pleins de galaxies, de nébuleuses et d’amas d’étoiles (et aussi la carte mémoire de l’appareil photo pleine des mêmes choses). Je serais bien resté encore un peu plus pour observer certains objets qui étaient encore trop bas sur l’horizon mais il fallait tout de même dormir un peu avant de s’embarquer dans les 10 heures de route qui allaient me ramener à Oklahoma City.

Retour à la réalité

Jeudi 29 décembre. Je quitte New Mexico Skies en fin de matinée avec une seule idée en tête: il faut absolument que je revienne pour voir le ciel d’été !!! Sur la route, je réalise que l’odeur infecte qui m’avaient déjà accompagnée de nuit à l’aller sur plus de 100 Km entre le Nouveau Mexique et le Texas est en fait due à une forte concentration de fermes d’élevage intensif. Pour ceux qui ne me connaissent pas, j’ai grandi à la campagne et je ne suis pas facilement choqué par les odeurs de la ferme. Mais là c’est de la ferme industrielle avec des milliers de vaches parquées dans des enclos et ça pue ! De quoi me faire passer l’envie de manger un steak pendant quelques heures (comme diraient les jeunes: c’est abusé).

Je passe la nuit chez mes amis à Oklahoma City, histoire d’être bien reposé avant d’attaquer les 12 heures de voyage qui me ramèneront à Bloomington. Pour ce dernier jour sur la route je peux admirer un autre superbe coucher de soleil dans les rétroviseurs.

La route n’en finit plus. 12 heures de voiture (plus les pauses) c’est looooooong. Et finalement, 36 heures et 2100 Km après avoir quitté New Mexico Skies j’arrive à Bloomington. Il est une heure du matin et la tension nerveuse accumulée par toute cette conduite de nuit m’empêche de dormir mais je suis content d’être arrivé à bon port. Dans moins de 24 heures je vais fêter le passage à la nouvelle année avec mes amis, alors il va tout de même falloir se reposer un peu si je veux rester éveiller ce soir jusqu’au dernier coup de minuit. Sur ce, je vous souhaite à tous une très bonne année 2012.

A plus dans l’bus,

jf

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11 commentaires pour Sur la route des étoiles

  1. Ping : A starry road trip (just a mirror for the stars …) | surlarouteagain

  2. Sandrine dit :

    Veni vidi legi ! Super récit et magnifiques photos, mais on ne peut pas les voir en pleine résolution ?! Merci aussi pour les explications scientifiques. Je ne pense pas avoir tout compris, mais même en petit, j’en ai pris plein les yeux !

    Bonne année à toi !

    Sandrine

    • jfgout dit :

      Merci pour le commentaire Sandrine. J’essaierai de poster les images pleine résolution sur un album picasa à l’occasion, mais bon, quand tu cliques sur l’image ça donne déjà quelque chose un peu plus grand que le format timbre post que je dois conserver pour le corps du message. Pour ce qui est des explications scientifiques complémentaires, peut-être en direct live si je viens faire un tour en France et plus particulièrement du côté de Grenoble.
      Et bonne année !
      jf

    • jfgout dit :

      Veni, Vedi, Corrigi. Voilà, j’ai corrigé le problème des liens vers les photos en grand format. Maintenant ça devrait marcher ! Reste plus qu’à faire la correction pour l’article du Fuji … quelle galère !

  3. Phil dit :

    Yo,
    Super post, mais malheureusement cliquer sur les images amène à la page d’erreur wordpress typique…
    Tu peux vérifier ?
    Merci,

    • jfgout dit :

      Oui, je viens de voir ça. C’est parce que j’ai d’abord fait la version anglaise que j’ai ensuite importée dans la version française pour ne pas avoir à refaire toute la mise en page + mise en ligne des photos. Sauf que lorsque je mets les liens vers les images pleine résolution de la version anglaise cet imbécile de WordPress modifie automatiquement l’adresse et remet le lien vers la version française … qui n’existe pas. Du coup il va falloir que je ré-upload les photos pour la version française : quelle galère !!! Je publierai un commentaire pour signaler quand c’est fait.

    • jfgout dit :

      Problème résolu. Merci de l’avoir signalé.

  4. Mic dit :

    bonjour, récit passionnant. Comment se passe la réservation d’une nuit à New Mexico Skies ? Y a til possibilité d’observer avec les scientifiques et leur matériel ?

    • jfgout dit :

      Bonjour Mic. Lorsque j’y suis allé, ils m’ont dit que c’était leur dernière année à faire de l’accueil de particulier (trop de boulot d’aider les gens à utiliser un télescope). Maintenant ils font uniquement de l’hébergement de télescope et ils font de l’accueil de particulier (comme ce que j’ai fait) uniquement pour les gens qu’ils connaissent. Si tu sais te servir d’un (gros) télescope, tu peux essayer de les contacter directement (envoie un e-mail à Lynn Rice: http://nmskies.com/contactus.html) en expliquant que tu es intéressé à utiliser un de leurs télescopes.
      Pour ce qui est d’observer avec les scientifiques, tu peux oublier. Tous ces télescopes sont contrôlés à distance, les scientifique ne mettent pas l’œil au télescope, ils analysent les images prises par les caméras CCD. Sur site tu ne trouveras aucun scientifique. En dehors des proprios, il y a un technicien et puis c’est tout.
      Il y a d’autres endroits dans l’Ouest Américain qui font de l’accueil d’astronomes amateurs avec location de télescope et tours astronomiques (ils pointent le télescope pour toi si tu es débutant). Peut-être que ça correspondra plus à ce que tu cherches. Si tu ne trouves pas par google, fais moi signe et j’essaierai de retrouver le liens.

      jf

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