L’ascension du Mont Fuji, à ma façon !

English version available here.

Diaporama avec photos inédites et haute résolution disponible ici: https://picasaweb.google.com/jfgout/Fuji

Introduction

Il faudrait être fou pour ne pas grimper le Fuji une fois dans sa vie … et complètement cinglé pour le faire deux fois !

Voici ma traduction (approximative) d’un proverbe japonais que l’on rencontre sur la plupart des sites consacrés à l’ascension du Mont Fuji. Voyons voir … une sympathique petite promenade de quelques heures sur un sentier bien balisé et très fréquenté : pas vraiment ce que je considère comme une folie. Et être considéré comme un fou, (un ouf comme disent les djeuns) ça se mérite ! Comme je tiens beaucoup à ma réputation, j’ai décidé de faire l’ascension du Fuji mais d’une façon qui me semble digne du label « ouf complètement tcharbé ». Objectif : partir du niveau de la mer et rallier le sommet sans aucune aide motorisée. Autrement dit, pour ceux qui aiment les chiffres : plus de 90 Km aller-retour en vélo avec 1400 mètres de dénivelé positif à l’aller, suivi d’une petite rando avec presque 2400 mètres de dénivelé positif -de nuit- avant un retour sous la chaleur humide du japon début août. Pour ceux qui préfèrent la poésie aux chiffres : autant dire que je vais en chier ! Bref, il y a là de quoi calmer les pires excités du bulbe et m’assurer de bien dormir pour les 10 jours à venir.

Quelques informations sur l’ascension du Mont Fuji (point culminant du Japon, altitude: 3776m)

Officiellement, l’ascension du Fuji ne doit se faire que en Juillet/Août et les autorités déconseillent fortement de tenter l’ascension en dehors de cette période. C’est bien dommage, vu que les meilleures conditions de visibilité sont généralement en hiver et au printemps. Bon OK, en janvier ça doit peler sévère là haut mais au printemps ça semble tout à faire jouable à en croire mes amis qui ont fait l’ascension en ski de rando ce printemps (voir ici). Pour ceux qui veulent suivre les règles, il y a 4 chemins principaux menant au sommet: Yoshida, Subashiri, Fujinomiya and Gotemba trails. Chaque chemin est divisé en 10 stations et la route goudronnée vous emmène jusqu’à la cinquième station. Mais attention, toutes les ‘cinquièmes stations’ ne sont pas à la même altitude. Le départ de la randonnée varie de 1400 mètres à la station de Gotemba jusqu’à 2400 mètres pour les fainéants qui décident de partir de Fujinomiya. Oui, je sais, c’est bien qu’il y ait un chemin facile pour que même les retraités de longue date puissent aller voir le lever du soleil depuis le sommet. Puisque c’est ça que tout le monde vient faire ici : admirer le lever de soleil sur le Pacifique, ou plutôt sur la mer de nuage qui couvre généralement l’horizon pendant l’été. Beaucoup de gens attaquent l’ascension à la tombée de la nuit et vont dormir dans un des refuges situés à moins de 400 mètres sous le sommet pour se lever et terminer l’ascension juste avant le lever du soleil. D’après ce que j’ai pu lire sur internet, mieux vaut aimer l’ambiance boite de sardines pour aller dormir là-bas.

Avec ses 2400 mètres de dénivelé positif à enquiller et très peu de refuges sur son tracé, le chemin de Gotemba est de loin le moins populaire des quatre. A conseiller si vous n’aimez pas la foule. En plus, le chemin est recouvert d’une sorte de cendre volcanique (Osunabashiri ou ‘great sand run’ en anglais) qui rend la montée un peu plus pénible mais permet de courir à fond les manettes en descente. Un vrai régal ! Au sommet il y a un chemin qui fait le tour du cratère (15 minutes bien fâché, 1 heure si il y a foule et que ça embouteille) et rejoint les différentes dixièmes stations (dont une s’apparente plus à un mini village qu’au sommet d’une montagne).

Pour ceux qui veulent plus d’infos et qui n’ont pas peur de lire de l’anglais, c’est par ici: http://www.japan-guide.com/e/e6901.html

Avant de commencer les choses sérieuses

Numazu, Lundi 1er août 2011. Le shinkansen (TGV japonais) me conduit de Hiroshima à Numazu, c’est parti pour l’aventure ! Il est à noter que les trains japonais sont d’une ponctualité impressionnante (voir ici, désolé c’est en anglais mais en gros ça dit que le retard moyen des trains au Japon en 2006 était de … 20 secondes !), la SNCF ferait bien d’en prendre de la graine. En marchant de la gare à mon hôtel je constate que les rues sont très animées. On dirait bien que c’est jour de fête à Numazu. A tous les coins de rue on trouve des attractions pour les enfants et des stands qui vendent de la nourriture, notamment des trucs qui ressemblent furieusement aux corndog (voir ici pour les incultes qui n’ont pas la joie de connaitre les spécialités culinaires du midwest). Ça a l’air bien sympathique ce festival mais je suis surtout préoccupé par mon objectif du jour: louer un vélo. Après avoir déposé mes affaires à l’hôtel je file donc directement chez « my ring bicycle shop« , une boutique que j’ai découverte grâce au blog the Numazu traveler tenu par expat Australien. Si j’en crois ce blog, la boutique en question loue des vélos et le patron parle anglais, ce qui est un gros point positif vu que je ne parle pas un mot de japonais et que les japonais parlant anglais sont rares (ou alors ils étaient bien cachés). Bref, ça semble être le plan idéal mais je suis inquiet. Et si la boutique est fermée aujourd’hui ? Et si il n’a pas de vélo de disponible ? Et si le patron n’est pas là aujourd’hui ? Heureusement la boutique est à deux pas de mon hôtel, ce qui me permet d’arriver avant d’avoir mis Paris dans une bouteille. Bonne nouvelle: la boutique est ouverte, le patron est là, il parle anglais et il est super sympa. Mauvaise nouvelle: les seuls vélo disponibles sont des modèles datant probablement d’avant guère (j’exagère à peine), trop petits pour moi et bien trop lourds pour affronter les pentes du Fuji.

The bike I used to climb Fuji.My bike by the Pacific Ocean.

Tant pis, je devrai probablement me résigner à pousser le vélo à pied dans les passages les plus raides (ça c’est pas bon pour mon amour-propre) et ça rendra le challenge beaucoup plus … challenging exigeant (au cas où les ayatollahs de la langue française passant sur ce blog aient survécu à la lecture jusque là …) ! La boutique est fermée le mercredi mais ça n’est pas un problème pour rendre le vélo, je n’aurai qu’à le laisser sur le trottoir, fermer l’antivol et mettre la clé dans la boite aux lettres. Je règle directement en liquide, le proprio me demande juste mon nom, adresse e-mail et le nom de l’hôtel ou je suis au cas où mais je ne le sens pas vraiment inquiet pour son vélo (j’imagine qu’en France on m’aurait demandé une caution). Et maintenant, direction la plage pour la première baignade de ma vie dans le Pacifique !!! Pas facile de rouler du côté gauche de la route mais j’arrive à rallier l’Océan sans provoquer le moindre accident.

So excited to see the Pacific for the first time!After the swim.

Il n’y a pas de mots pour décrire ma joie de nager dans l’océan Pacifique tout en contemplant le coucher du soleil. J’en rêvait depuis un bout de temps… En plus il n’y a pas foule (oui, j’aime bien être peinard) et la température de l’eau est idéale. Bref, le bonheur.

De retour à l’hôtel je respire un peu l’ambiance du festival et profite du feu d’artifice, tiré juste en face de la terrasse de l’hôtel. Je suis aux premières loges, et même après avoir vu les concours internationaux de feux d’artifice sur la côte d’azur je suis bluffé par cette explosion de couleurs. Pour se faire une petite idée, vous pouvez aller voir une vidéo sur youtube (pas de moi) en cliquant ici.

Vers 22h30 tout est terminé, les gens rentrent chez eux et le calme revient dans les rues. Tant mieux, j’ai besoin d’une bonne nuit de sommeil avant ce qui m’attend demain alors je n’ai pas envie d’être dérangé par le bruit des fêtards. Je prépare mon sac pour demain (oups les gants que j’avais promis à Holly ont du rester à Bloomington … heureusement j’ai une solution de secours, comme vous pourrez le constat un peu plus loin) puis m’endort du sommeil du juste… mais pas pour longtemps. Au milieu de la nuit, je suis réveillé par un tremblement de terre assez violent. Le lit bouge, tout le bâtiment tremble et du haut du onzième étage j’ai la trouille que l’immeuble s’effondre. Après quelques secondes (ou était-ce quelques minutes, je ne saurais pas dire) les vibration prennent fin. Je regarde l’horloge numérique incrustée dans le mur: minuit. Est-ce qu’il y a eut une coupure de courant qui a remis l’horloge à zéro ? Non, il est bien minuit. Un coup d’œil par la fenêtre: tout semble calme, aucun signe de panique. Je viens de vivre un tremblement de terre comme le Japon en connait facilement une dizaine chaque année mais j’ai eu vraiment peur. Question d’habitude certainement. Dur de trouver le sommeil après ça mais il va bien falloir y arriver, j’ai besoin d’être en forme pour demain.

Pour plus d’informations sur ce tremblement de terre (qui a quand même causé quelques dégâts apparemment) : http://earthquake-report.com/2011/08/01/quake-flash-report-very-strong-shallow-earthquake-with-epicenter-in-the-middle-of-the-suruga-bay-japan/

Sur la route de Gotemba … les choses sérieuses commencent !

Mardi 2 août 2011, 8h du matin, altitude ~10m. Après le petit déjeuner, je laisse un de mes deux sacs à la réception de l’hôtel, en précisant que je viendrai le récupérer le lendemain, et je parts en direction de la plage. Cette fois il n’est pas question de nager, mais juste de toucher l’océan Pacifique pour marquer le départ officiel de mon ascension (du niveau de la mer jusqu’au sommet !). Sur la plage l’altimètre indique moins 17 mètres. J’en déduis que la pression atmosphérique est élevée, signe qu’il va faire beau (en fait ça ne sera pas vraiment le cas, mais au moins je suis parti avec cet espoir).

Il est déjà 9 heures, l’heure pour George de quitter la ville et pour moi de me mettre en selle direction Gotemba, première étape sur la route du Fuji. A peine sorti du centre ville de Numazu la circulation devient très dense avec beaucoup de camions qui ne laissent pas plus de 50cm de marge pour me doubler. OK, j’ai compris, pour avoir une chance d’arriver à Gotemba en vie il va falloir rouler à la japonaise, c’est à dire sur les trottoirs. C’est pas super pratique, mais au moins c’est sécurisant.

Après environ 2 heures à pédaler dans ces conditions j’arrive à Gotemba. Première chose à faire: repérer l’embranchement de la route n°23 « Fuji skyline » qui monte à la cinquième station de Gotemba. Aucun problème, la route est bien signalée et je peux aller déjeuner, l’esprit tranquille pour la suite de l’itinéraire.

11h / Gotemba / altitude ~500m. J’ai trouvé un restaurant chinois qui m’a l’air pas mal du tout à deux pas de l’embranchement pour la route n°23. Au menu: gyozas et spaghetti … froids ! Mince alors, moins qui rêvait d’une bonne ration de vrais spaghetti. Le type assis à côté de moi appelle une serveuse pour lui dire qu’elle doit m’expliquer comment manger correctement les spaghetti. A grands renforts de gestes (rappel: personne ne parle anglais ici) elle me fait comprendre que je dois tremper les spaghetti dans le bol de sauce qui va bien avant de les manger. Je m’en doutais un peu mais cette sauce est écœurante. Histoire de ne pas vexer mon voisin de table, je souris et m’applique à bien tremper les spaghetti. A défaut d’être bon c’est copieux et ça devrait m’apporter l’énergie nécessaire pour la suite. Et puis, les gyozas étaient tellement bon qu’ils ont facilement sauvé le repas. Je règle mon addition, échange quelques mots avec le serveur qui encaisse (quand je dis quelques mots c’est vraiment ça. Je pense qu’il a seulement compris ‘Numazu’ et ‘Fuji-san’ mais comme il a vu que j’étais à vélo il a compris ce que je faisais et évidemment il me prend pour un fou). Avant de repartir, il me reste à régler un petit détail bien embêtant: les poignées du vélo sont tellement mal conçues qu’elles commencent à me donner des ampoules aux deux mains après seulement 2 heures de route. et si je recouvrait les poignées d’une paire de chaussettes ? Ca tombe bien, j’ai une paire de rechange dans le fond du sac. J’étais un peu sceptique et finalement ce bricolage de fortune a parfaitement rempli son rôle: aucune ampoule à l’arrivée ! Comme quoi, une bonne paire de chaussettes et hop (10 points à qui trouve la citation à laquelle je fais référence là … sans utiliser google svp !)

Un peu plus tard ces mêmes chaussettes serviront de gants, avec tout autant de succès (testé et approuvé par Holly, cf la photo ci-dessous). Pierre avait raison, pourquoi s’embêter à faire des gants à trois doigts pour les petits lépreux de Jakarta ? (si avec ça vous ne trouvez pas la citation c’est que vraiment votre culture cinématographique a de gros manques qu’il va vite falloir corriger).

La route entre Gotemba ville et Gotemba station est nettement plus agréable, avec très peu de trafic. En revanche, ça devient vite beaucoup plus raide. Après quelques kilomètres je dois m’avouer vaincu par la pente et je mets pied à terre, c’est le début du calvaire qui va me voir alterner entre du pédalage et du poussage de vélo. Heureusement, il y a très peu de voitures et mis à part quelques véhicules de militaires (la route longe un camp d’entrainement militaire, ce qui me vaut d’être bercé par le bruit des armes automatiques …) personne n’est là pour témoigner de cette galère. Après un dernier raidillon j’arrive à la cinquième station de Gotemba, terminus de la route goudronnée et point de départ de la randonnée. La station consiste simplement en une cabane de chantier, une petite boutique, deux distributeurs de boisson et un abri bus (j’ai bien regardé mais il n’y avait pas de chevreuil à l’arrêt de bus … certains comprendront). Une dame avec un badge indiquant qu’elle est là pour informer les touristes vient à ma rencontre. Super sympa, elle parle anglais, me prend pour un fou quand je lui explique que je viens de Numazu sur ce vélo et m’invite à boire un café dans la baraque de chantier. Je n’aime pas le café mais dans ces conditions je ne vais pas refuser. Il faut préciser que dehors le brouillard et la bruine s’installent et qu’il ne fait pas super chaud. Après avoir but mon café, mangé une bonne demi-douzaine de petit biscuits secs et bien discuté avec la guide (c’est un autre avantage de partir depuis la station la moins populaire, on a droit à un accueil personnalisé 5 étoiles !) je vais m’installer dans l’abri bus (toujours pas de chevreuil) pour attendre Holly, une amie rencontrée à la conférence (SMBE, oui, j’étais au japon pour le boulot à la base) qui va m’accompagner pour l’ascension. Pendant que je somnole, allongé sur le banc de l’abri bus, le brouillard épaissit. J’ouvre les yeux en entendant un bus arriver, toujours allongé, la tête à la renverse, ce qui me donne l’impression de voir le bus à l’envers, roulant sur les nuages. Vision féérique impossible à décrire avec des mots. 5 heure de l’après-midi, le dernier bus arrive, s’arrête, ouvre ses portes pour laisser descendre les passagers et là surprise: pas de signe de Holly ! En fait le chauffeur s’était arrêté en contrebas, à la baraque de chantier, pour dire à la guide d’informer Holly sur l’ascension. Quand il a vu une américaine en short et t-shirt il a cru qu’elle allait tenter l’ascension sans plus de vêtements et s’inquiétait de voir cette inconsciente partir dans le froid comme ça. Évidement, Holly avait tous les vêtements nécessaire dans son sac, pas de panique ! Ceci dit, notre équipement semble un peu léger aux yeux de la guide qui nous regarde partir d’un œil inquiet. Je réaliserai plus tard que la plupart des gens partent totallement sur-équipés, armés de gore-tex flambant neufs et de chaussures dignes des expéditions himalayennes. Alors forcément, entre la veste de pluie/poncho à 100 Yens (~1$) de Holly, ma veste en gore-tex que je traine depuis plus de 10 ans et mon panta-short décathlon à 10€ on fait un peu tâche. Espérons juste que la pluie ne va pas empirer (OK, j’avoue, on était vraiment sous-équipés pour affronter la pluie …) et ça devrait passer. Initialement, on avait prévu de partir vers 20h, mais vu que le dernier bus arrivait à 17h et qu’il n’y avait pas grand chose à faire à la station nous nous mettons en route vers 18h. Ca nous laisse 11 heures pour couvrir les 2400 mètres de dénivelé jusqu’au sommet avant le lever du soleil (prévu à 4h52)… y a de la marge !

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L’ascension (ou plutôt, la rando) : de la 5ième station de Gotemba jusqu’au sommet

Vu qu’on a le temps, nous décidons de suivre les conseils de la guide et de nous arrêter après 10 minutes au premier refuge sur la route (Oishi-Chaya) pour prendre un bon dîner bien chaud. Le prochain refuge est à plusieurs heures de marche, alors autant en profiter. Nous avons tous les deux largement assez de nourriture dans nos sacs mais c’est agréable de manger chaud: une bon soupe avec des nouilles (Udon, si je ne me trompe pas). Un groupe de six japonais est là aussi pour le dîner, au moins nous ne seront pas seuls sur le chemin. Après dîner, retour à l’ascension dans un brouillard qui devient par moments très épais. Alors que la nuit tombe, les dernières lueurs du jour produisent une ambiance assez irréelle sur les pentes désertiques du Fuji. En se retournant nous apercevons par moment la lumière des frontales du groupe qui nous suit, avant que le brouillard ne bloque à nouveau la vue.

Par moment le brouillard se déchire et laisse apparaître quelques étoiles dans le ciel. Je dois avouer que le sentier et un peu ennuyeux (Vraiment, le terme d’ascension est usurpé. Quand il suffit de mettre un pied devant l’autre et puis de recommencer on devrait parler simplement de randonnée.) mais on ne risque pas de se perdre, même dans le brouillard.

Un coup d’œil sur l’altimètre m’indique que nous grimpons à plus de 500 mètres de dénivelé positif par heure. Rapide calcul mental : si on continue à ce rythme là on arrivera au sommet avant minuit ! Pas étonnant que mes jambes soient fatiguées à essayer de suivre Holly sur ce rythme. J’incite donc Holly à baisser un peu le rythme car je n’ai pas envie d’attendre 5 heures au sommet pour le lever du soleil, mais aussi car j’ai peur que Holly surestime ses forces et prenne un vilain coup de pompe un peu plus haut et puis surtout parce que je ressens déjà la fatigue dans mes jambes. (Bien sur, je préfère dire que c’est surtout pour bien gérer le timing par rapport au lever du soleil …) Sur le chemin, nous croisons quelques cabanes abandonnées avant d’arriver à la nouvelle 6ième station (2600 mètres) composée d’un petit bâtiment en bois (le refuge), d’un banc et de toilettes. Après quelques hésitations nous rentrons dans le refuge pour pique-niquer au chaud. Il n’y a pas le moindre client entrain de dormir, comme ça on ne devrait déranger personne (il n’y a pas de salle hors-sac, seulement une grande pièce pour dormir). Mais le gardien ne l’entend pas de cette oreille et il nous fait comprendre qu’il faut choisir entre payer pour passer la nuit ici ou bien aller manger dehors ! Bref, on se fait jeter comme des malpropres. A défaut de pique-niquer on peut toujours utiliser les toilettes (siège chauffant si je me souviens bien) pour 200 Yens (~2.5$, un peu moins de 2€). Il faut noter que le coût d’utilisation des toilettes augmente avec l’altitude: gratuit à la cinquième station de Gotemba, 100 Yens au premier refuge, 200 Yens ici et 300 Yens au sommet. Nous reprenons la route en espérant trouver une salle hors-sac pour pique-niquer un peu plus haut. Mais la 7ième station ne semble pas plus accueillante et nous devons nous contenter de trouver un coin à l’abri du vent pour casser la croute. Heureusement, nous avons un stock de chocolat suffisant pour garder le sourire quelques soient les conditions ! Nous sommes maintenant à plus de 3000 mètres d’altitude, il ne reste plus que 2 heures d’effort pour rejoindre le sommet.

Le brouillard laisse de plus en plus souvent la place aux étoiles et j’en profite pour admirer la région de la queue du Scorpion, noyée dans la brume de l’horizon depuis mon Gâtinais natal mais bien haute dans le ciel ici, à 35° de latitude Nord. Un dernier effort et nous arrivons au niveau d’un Torii (sorte de porte sacrée typique des sanctuaires japonais) alors que le sentier bien raide jusque là devient plat. Un bâtiment sur la gauche, l’altimètre qui indique environ 3700 mètres, on dirait bien que nous sommes arrivés au sommet ! Il est 2 heures du matin et le lever du soleil est prévu pour 4h52. Nous décidons d’aller voir à quoi ressemble la station principale du sommet (celle qui est à l’arrivée des chemins de Yoshida et Subashiri) et d’attendre que le jour se lève pour faire le tour du cratère à la recherche du meilleure spot emplacement pour observer le lever de soleil. Le ciel est maintenant bien dégagé, traversé d’un bout à l’autre par la voie lactée dans cette nuit sans Lune. J’essaie de prendre quelques photos des étoiles en posant l’appareil de Holly sur mon sac à dos et en utilisant le retardateur … pas facile sans un trépied et je manque un peu de patience pour bien vérifier la mise au point (pas facile de faire la mise au point sur les étoiles, ceux qui ont déjà fait de l’astrophoto savent de quoi je parle). On peut quand même apercevoir la galaxie d’Andromède sur une photo floue (cf ci-dessous) et je réussi une deuxième photo avec une meilleure mise au point mais je n’ai pas encore identifié le champ imagé ! Pour info, la galaxie d’Andromède était relativement facile à l’œil nu mais pas non plus super évidente, preuve que le ciel n’était pas parfait (ou que j’étais trop fatigué pour avoir une vision au top).

A la station principale du sommet, une bonne trentaine de grimpeurs essaient tant bien que mal de se tenir chaud en attendant le lever du soleil (courage les gars, plus que 2 heures à tenir …). La plupart portent des gore-tex achetés spécialement pour l’occasion et des chaussures conçues plus pour les faces Nord couvertes de glace que pour le sympathique sentier du Fuji (par exemple, j’ai vu tout plein de ‘Nepal Top extrême’ d’un jaune encore bien pétant). En fait, j’ai un peu froid dans mon panta-short que j’aurais bien troqué contre mon gore-tex pour l’occasion. Mais la température reste (tout juste) au dessus de zéro, donc c’est tout à fait supportable. A cet endroit, le sommet du Fuji ressemble plus à un petit village et vous y trouverez des distributeurs automatiques proposant boissons fraîches et chaudes. Pour 500 Yens, nous nous offrons chacun un délicieux chocolat chaud.

Pourquoi est-il si bon ? C’est simple: la règle de l’altitude. Plus vous montez en altitude, plus la nourriture vous semble bonne. Bien sur, le phénomène est amplifié par le froid, la fatigue et tout plein d’autres paramètres. En conséquence, le chocolat chaud que vous auriez probablement recraché de dégoût dans les rues de Tokyo (en fait non, ne crachez pas dans les rues de Tokyo svp, c’est propre et ça devrait le rester) devient la meilleure boisson que vous n’ayez jamais bu à l’approche des 4000 mètres d’altitude (il existe même une légende comme quoi, passé 4000 mètres d’altitude, j’apprécie n’importe quelle sorte de fromage, même les plus puants mais ça n’est pas tout à fait vrai …). C’est bien gentil de boire du chocolat, ça tient chaud cinq minutes, mais après ? Alors que j’essaie de convertir mon poncho à 1$ en couverture pour me tenir chaud aux jambes, Holly revient des toilettes avec LA solution ultime. L’entrée du bâtiment des toilettes est assez grande pour accueillir quelques personnes. D’autres grimpeurs ont la même idée, et à 5 ou 6 dans cet espace réduit, à l’abri du vent, la chaleur est tout à fait suffisante. Pour faire passer le temps j’essaie d’organiser la file d’attente des toilettes en dirigeant les nouveaux arrivants vers les toilettes libres et en faisant bien attention à refermer la porte d’entrée du bâtiment pour garder la chaleur. Mais on s’ennuie quand même et il recommence à faire froid alors j’entreprends de danser la Macarena (ne me demandez pas comment cette idée a pu traverser ma tête), ce qui amuse beaucoup les quelques japonais présents. Au bout d’un certain temps, un ‘guide’ (pas vraiment un guide de haute montagne, plus un guide pour personnes âgées qui veulent monter au Fuji) nous demande de sortir, c’est la deuxième fois qu’on se fait jeter dehors ! Il est 3 heures du matin et pendant que je faisait le mariole dans le bâtiment des toilettes, la foule a envahi les environs. Rien que la file d’attente pour les toilettes compte plusieurs dizaines de personnes. Des centaines de randonneurs sont maintenant à la dernière station dont les boutiques ont ouvert. Nous décidons d’entrer dans l’une d’elles pour manger un morceau et profiter de la chaleur dégagée par ces dizaines de personnes entassées dans une pièce qui reste largement ouverte sur l’extérieur.

Il y a tellement de monde qu’au bout de 30 minutes je m’avoue vaincu dans ma tentative de commander à manger et nous décidons de nous remettre en marche pour faire le tour du cratère. Les premières lueurs du jour sont là, et la lumière change rapidement pendant que nous marchons vers le Kengamine peak, véritable point culminant, exactement à l’opposé du cratère par rapport à la station principale. Arrêt obligatoire pour prendre des photos à côté de la borne marquant le point culminant du Japon. Avec la foule qui grossit ça prend du temps. Il est temps de repartir en direction de l’arrête Est du cratère pour profiter du lever du soleil.

Le chemin est tellement encombré par la foule que ce qui nous aurait pris normalement 10 minutes va finalement en prendre au moins le double. L’horizon s’éclaircit sérieusement mais quelques nuages sont là pour retarder un peu la sortie du soleil. La vue de ces centaines de personnes, le regard rivé sur l’horizon Est à guetter l’apparition du soleil est tout simplement incroyable.

Finalement, nous trouvons un bon emplacement un peu à l’écart (quasiment personne ne sort des sentiers pour s’aventurer directement sur les pentes qui n’ont pourtant rien de dangereux), le soleil peut maintenant sortir de derrière les nuages, nous sommes prêt à l’accueillir. Essayez d’imaginer des centaines (je n’exagère pas, un jour comme ça il doit y avoir environ 3000 personnes au sommet) sur les pentes sommitales du Fuji, regardant dans la même direction pour graver l’image d’un lever de soleil dans leur mémoire, ou plus souvent dans la carte mémoire de leur appareil photo. C’est ça le sommet du Fuji à 5 heures du matin début août.

Sur l’horizon Est, le spectacle continue, les couleurs changent rapidement, passant du rouge au rose. La vallée, quelques 3000 mètres plus bas, apparaît maintenant d’un vert intense, contrastant avec le gris/marron des pentes volcaniques du Fuji (quasiment aucune végétation passé 1500 mètres d’altitude sur le Fuji). La vue est superbe et je dois me forcer pour en perdre quelques miettes en faisant des photos (mais comme je veux pouvoir partager ça avec toi, cher lecteur, il faut bien que je prenne quelques clichés).

Après quelques minutes c’est le retour à la normale, le soleil est maintenant suffisamment haut sur l’horizon et tout le monde se met en route pour redescendre. C’est là que je réalise que j’ai oublié de poster les cartes postales que j’avais promis d’envoyer depuis le sommet du Fuji (oui, il y a une boite aux lettres, et même un mini bureau de poste au sommet du Fuji. Mais après le coup des distributeurs de boissons plus rien ne devrait vous surprendre.). J’imagine que la boite aux lettres doit se trouver quelque part dans la station principale, à quelques minutes de marche de là où je suis. J’y vais, perd un temps fou à cause de la foule, tout ça pour découvrir qu’elle est en fait à côté de l’arrivée du chemin de Gotemba ! J’ai perdu facilement une demie-heure dans l’histoire, mais ça m’aura permis de voir la foule qui descend en direction de Kawaguchiko sur le Yoshida trail.

Après avoir accompli mon devoir électoral envoyé les cartes postales, il est temps pour nous aussi de redescendre.

Ouf ! Le chemin de Gotemba est bien moins couru que les autres et je peux m’en donner à cœur joie pour descendre à toute vitesse, sous le regard un peu affolé de certains grimpeurs locaux (vous en faites pas les gars, je maitrise). Le sable volcanique rend la descente très facile et pas traumatisante du tout pour les articulations. Le rêve en quelque sorte (pour vous faire une idée, allez voir cette video http://www.youtube.com/watch?v=nwOWXJ1GVhE qui n’est toujours pas de moi. On n’a pas bien assuré sur les vidéos de course dans le sable volcanique). Quelque part vers les 2000 mètres d’altitude nous profitons des dernières vues sur le sommet avant que le brouillard ne reprenne ses droits.

Vers 8 heures du matin nous sommes de retour à la 5ième station de Gotemba. La température grimpe en flèche et c’est maintenant du soleil, et non plus du froid, qu’il faut se protéger. Heureusement, les distributeurs automatiques sont là pour me fournir un délicieux rafraichissant (faut pas déconner, on est seulement à 1400 mètres d’altitude …) Coca-Cola. Et finalement, à 9 heures du matin il est temps pour Holly de prendre le bus qui la ramène à la civilisation et pour moi d’enfourcher mon vélo pour la dernière partie de cette aventure.

Retour à la réalité…

La descente à vélo est tellement plus agréable que la montée, bien que j’ai les mains fatiguées à force d’être sur les freins en permanence. Il me faut moins de 2 heures pour rejoindre Numazu. Après un premier arrêt pour déposer le vélo devant « My ring bicycle shop » je retourne à l’hôtel récupérer mon deuxième sac. Petit passage par les toilettes de l’hôtel pour me changer et tenter une mini douche au lavabo… pas super pratique. Direction la gare, prochain arrêt: aéroport d’Haneda après 3 changements de trains. Pour 800 Yens (~7€) on peut prendre une douche à l’aéroport (30 minutes maximum, 800 Yens pour 30 minutes supplémentaires). Inutile de dire que cette douche était plus que nécessaire et bien agréable. Je passe le reste de l’après-midi à tenter tant bien que mal de faire sécher mon linge sur les bancs de l’aéroport et d’organiser mes sacs pour le retour. Le sommeil me gagne rapidement. Vers minuit, nous sommes une bonne dizaine de baroudeurs à dormir dans le hall de l’aéroport dont le silence est uniquement perturbé par le message automatique des escalators. 5h30 du matin, réveil matinal pour aller prendre l’avion qui me ramènera aux États-Unis en à peine 12 heures (un saut de puce). Je quitte le Japon la tête pleine de superbes souvenirs et prêt à revenir pour de nouvelles aventures.

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2 commentaires pour L’ascension du Mont Fuji, à ma façon !

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